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À l'École du Nord, du nouveau

par Mathieu Champalaune
Revue de presse

Article paru dans le magazine Transfuge le jeudi 28 mars

Depuis près de 15 ans, L'Ecole du Nord forme à Lille les futurs talents du théâtre. Plongée dans cette école, alors qu'ils présentaient un travail d'atelier, mis en scène par Alain Françon.

Lorsque l'on pénètre par une belle journée printanière, depuis la Grande Place de Lille, dans le Théâtre du Nord, c'est l'effervescence. Quoi de plus rassurant qu'un théâtre plein de vie ?  Ça s'affaire de tous les côtés, une grosse journée se prépare, prête à accueillir tous les publics. Cette énergie emplit aussi la sixième promotion de L'Ecole du Nord et ses dix-huit étudiants, recrutés il y a quelque mois. Quand il est arrivé en 2014 à la tête du théâtre, comme de l'école crée en 2003, le metteur en scène Christophe Rauck a voulu la faire évoluer, en mettant l'accent sur le mélange des pratiques et l'ouverture. Pari réussi : elle est aujourd'hui une des écoles supérieures d'art dramatique les plus scrutées. Ici, on suit d'ailleurs de très près les anciens élèves, aidés par des dispositifs d'insertion qui les accompagnent pendant les années qui suivent la fin de la formation. On se félicite de la réussite, souvent rapide, de ces artistes, et cite avec fierté le nom du metteur en scène Julien Gosselin, qui en est sorti il y a seulement dix ans. 

Spécificité de cette école, on y accueille pendant trois années des comédiens mais aussi des dramaturges, pour créer un dialogue en partageant les expériences et les pratiques. On ne lésine pas sur l'importance de l'apprentissage, du travail, ainsi que sur le rôle de la transmission. « Il s'agit de donner à ces jeunes le meilleur et le plus pointu de ce que le théâtre peut engendrer comme expérience » insiste Christophe Rauck. Pour cela, des stages et des ateliers sont conduits par des artistes en activité, ainsi que par deux parrains de choix : Alain Françon pour les comédiens, et François Berreur pour les auteurs. Le second confronte les quatre aspirants-auteurs à la création contemporaine en tenant un comité de lecture tandis que le premier a animé un atelier autour d'un dramaturge qu'il connait bien : Edward Bond. Pendant six semaines, ce sont Les Pièces de guerredu Britannique que le metteur en scène a travaillé avec les quatorze jeunes comédiens. Un véritable défi pour eux, qui travaillaient auparavant sur Marivaux. « L'intervenant est un passeur, il donne les clés pour faire comprendre un auteur » explique le directeur du théâtre. L'exercice passionne Alain Françon qui se réjouit de l'échange : « Il est essentiel qu'ils découvrent l'oeuvre d'Edward Bond à laquelle ils apportent, eux, leur jeunesse. On apprend autant d'eux qu'on leur transmet ». 

Direction maintenant la salle de répétition, où justement les jeunes comédiens présentent une restitution de cet atelier. On les imagine stressés. Pourtant, deux heures durant sur le plateau, ils éblouissent d'assurance et de passion. Ils réussissent à s'emparer de la langue singulière de Bond et de ses pièces parcourues par la peur de la guerre et de la destruction. 

Rendez-vous désormais dans quelques années. Nul doute qu'on les recroisera sur les planches de nombreux théâtres. 

Mathieu Champalaune, Transfuge, jeudi 28 mars 2019

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