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Autour d'Alfred de Musset

Parcours Comédiens

A partir de trois textes d'Alfred de Musset

 

Les Caprices de Marianne - Lorenzaccio - Fantasio

Ce que vous allez voir n’est pas la représentation d’un spectacle, il y aura d’autres occasions pour cela.


Mais il n’y a pas de théâtre sans spectateurs, c’est pourquoi nous avons besoin de votre participation pour aboutir ce qui s’est tramé pendant cinq semaines entre les actrices et les acteurs de la promo6 et trois pièces de Musset qui, même si elles sont écrites par le même auteur et au-delà des histoires qu’elles racontent, constituent trois écritures formidablement différentes.

Ce que vous allez voir, ce sont des scènes parfois jouées dans deux ou trois versions différentes, nous avons abordé une matière énorme et nous en avons extrait quelques fragments qui me semblaient contenir les enjeux de travail les plus forts en fonction des uns et des autres.

Nous avons parfois dé-genré les personnages pour s’en approcher autrement.

L’objet de ce stage a été de proposer à ces jeunes actrices et acteurs, de remettre à plat ce que l’on sait ou croit savoir sur le jeu et de tenter d’identifier, à travers la rencontre avec les langues de Musset, des étapes, des outils, des opérations… Nous avons essayé d’identifier les éléments qui pourraient constituer l’artisanat du jeu.

Je n’ai aucune prétention théorique, je ne pars que de ce que j’aime voir au théâtre quand je suis spectateur, ce qui me touche, c’est comme cela que je mets en scène et accompagne les acteurs.

Souvent l’artisanat est perçu comme laborieux et semble manquer de grâce. Mais identifier le travail à faire pour l’acteur c’est lui permettre de s’oublier, de moins vouloir et de créer les conditions pour que, peut-être, parfois, quelque chose comme un moment de grâce advienne au plateau et bouleverse l’assemblée présente.

Au-delà des plaisirs qu’offre le divertissement et la découverte ou l’élaboration partagée de sens et d’idées, c’est bien la recherche de cette commotion qui me fait aller au théâtre, soir après soir…

Nous avons beaucoup travaillé, tenté, questionné en essayant de ne pas répondre avant d’avoir essayé. Et même alors nous avons privilégié l’élaboration de questions utiles et pérennes plutôt que de céder à des réponses rassurantes et momentanées.

Nous avons beaucoup déconstruit, isolé des opérations qui habituellement sont confondues, chassé le flou, l’à peu près pour clarifier le travail à faire.

Il y a bien sûr du commun dans cet artisanat mais il y a aussi beaucoup de particulier, les uns et les autres ne se ressemblent pas, ils ne sont pas les mêmes et n’ont donc pas les mêmes besoins.

Ils n’entendent pas les mêmes choses et je dois m’adapter à chacun pour essayer de lui apporter quelque chose qui lui soit réellement utile.

La base du travail a été l’écoute du texte, qu’a-t-il à nous dire et comment l’écouter avant de se jeter dans l’interprétation ? Souvent, le texte nous dit comment il doit être joué. Un auteur rêve à un théâtre, à un acteur nouveau, à nous de pister les indices semés dans et à côté des mots.

Ce n’est pas magique mais cela demande du temps, de la durée, de la patience. Ne pas chercher la réponse, mais se soumettre à l’exercice, l’acteur pense avec les pieds, il ne peut rien penser qu’il n’ait d’abord éprouvé par le corps.

Identifier une « partition » quand cela est possible, quand le texte est écrit comme cela.  

Séparer exécution et interprétation peut sembler impossible et sans doute inutile, or si l’on pense aux interprètes que sont les musiciens dans leur rapport à leur instrument et à la partition cela semble aller de soi.

Chez l’acteur l’instrument et l’interprète sont confondus et cela occasionne beaucoup de confusions et de difficultés : Qu’est-ce que je dois faire ? Par où je commence ?

Mais le jeu n’est pas une opération célibataire, elle nait du désir d’aller à la rencontre d’un auteur, d’une œuvre.

Toutes ces questions nous sont venues du désir de rencontrer une œuvre, celle de Musset, passionnante, d’une richesse infinie, et à travers elle de rencontrer ce qui en constitue le cœur : vivre en mélancolie.

La mélancolie qui est le mal de son époque, elle n’est pas une apathie si elle est vécue en conscience.

Elle peut même rendre voyant mais empêche souvent d’agir. 

Au moment où j’écris il reste encore deux semaines et demie de travail. Nous n’allons pas les passer à penser à ces deux moments d’ouverture, à préparer un objet qui ressemble à un spectacle.

En revanche si vous désirez aller à la rencontre de jeunes actrices et acteurs à l’épreuve de l’exercice du jeu, et avec nous partager ce qui nous a bouleversés dans l’écriture de Musset, vous êtes les bienvenus.

Frédéric Fisbach à Lille le 2 octobre 2019