"J’ai compris que la voiture était un véritable outil de liberté"
Aurore, avec La Ponctuelle, tu présentes au Théâtre du Nord, dans le cadre de Fiesta, la 7ème édition thématique de lille300, une comédie musicale qui s’appelle Bolide. De quoi ça parle ?
Bolide, c’est l’histoire de Joe, conductrice d’une Ford C-Max bleue métallisée. Joe travaille dans une petite cabine de péage depuis longtemps, jusqu’au jour où débarquent au péage des personnes avec des gilets jaunes. Joe se laisse convaincre par une opération péage gratuit et s’investit dans le mouvement. Elle se fait alors virer et ne sait pas quoi faire. Alors, comme moi, quand elle ne sait pas quoi faire elle prend sa bagnole et elle roule, jusqu’au bout de son plein. On la retrouve sur un parking, à la Gare Saint-Sauveur, où des fées vont arriver - les fées de la casse - qui vont essayer de la faire redémarrer.
Quel parallèle peut être fait entre cette histoire et la tienne, et notamment ton rapport à la mécanique ?
La voiture est arrivée assez tard dans ma vie. Je me suis rendue compte que je n’étais pas autonome jusqu’à ce que je rencontre un super garagiste qui m’a dit « fais-le toi-même. » Il m’a emmenée à la casse récupérer des pièces et on faisait la mécanique ensemble.
C’est comme ça que j’ai appris. Et j’ai compris que ce qu’il avait entre mes mains, c’était ma vie.
La voiture, notamment pour les femmes pose la question de l’émancipation. Comment cela se manifeste-t-il dans Bolide ?
C’est ma grand-mère qui m’a donné sa voiture. Et quand elle m’a tendu les clés, elle m’a dit : « Tiens Aurore, je te donne ma liberté. » Au début je n’ai pas compris ce qu’elle me disait. Ça a été ma première voiture et sa dernière. J’ai compris au fur et à mesure que oui, c’était un véritable outil de liberté. La voiture, c’est l’endroit où je peux pleurer tranquille. On à la fois on est dans le monde et pas dans le monde. Où on ne nous entend pas, mais on peut nous voir.
Et puis, il y a tout l’imaginaire lesbien qui y est associé : la camionneuse, les butchs… Ce lien entre femmes et voiture, c’est aussi jouer avec les stéréotypes genrés, se les réapproprier à sa manière. Ça fait partie de la voiture dont je veux parler.
Il y a presque une analogie à faire avec Une chambre à soi de Virginia Woolf. La voiture comme nouvelle chambre à soi, qui permet d’explorer de nouveaux mondes.
Oui. Dans mon cas, la voiture est mon seul espace à moi. Je ne suis pas propriétaire d’un appartement. La voiture, c’est le seul espace qui m’appartienne, que je possède.
Ça peut paraître contre-intuitif aujourd’hui de faire une ode à la bagnole, à l’heure où on parle de mobilités douces. Ce spectacle parle-t-il aussi d’un mépris de classe autour de l’utilisation de la voiture ?
Pour moi il y a une écologie bourgeoise. Taper sur les gens qui achètent des voitures d’occasion parce qu’ils n’ont pas les moyens d’en acheter des neuves, c’est prendre le problème à l’envers. On nous dit de ne pas prendre notre voiture mais il n’y a plus de train, plus de bus. Quand tu habites hors des grandes villes, tu es obligé d’avoir une bagnole.
Ce n’est pas une défense aveugle de la voiture, c’est une invitation à penser le transport autrement.
Et la musique dans Bolide ? Comment s’inscrit elle dans ce projet ?
J’ai grandi avec les comédies musicales de Jacques Demy. Je me disais que vivre dans une comédie musicale devait être incroyable et c’est ce que je voulais recréer ici. Il y a très peu de moments parlés dans Bolide, presque tout est chanté.
Et puis j’aime la pop, l’aspect « tube », populaire. Si les gens chantent avec nous, c’est gagné.
Propos recueillis par Ronan Ynard, mars 2025.
Bolide
Écriture, mise en scène et interprétation Aurore Magnier
Avec Sarah Smash, Morgane Cornet et Maëlle Lafay
Les 17 et 18 mai 2025
Gare Saint-Sauveur, Lille
Dans le cadre de Fiesta, 7ème édition thématique de lille3000
Restez avec l'équipe du spectacle pour un aftershow à la Gare Saint-Sauveur : une carte blanche à la Ponctuelle le samedi 17 mai à 21h