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Pourquoi ça ne s'appelle pas Titus ?

Projet scolaire

 

Autour de Britannicus de Jean Racine version courte de Franck Renaud

 

Paroles d'élèves : « Pourquoi ça ne s’appelle pas Titus ? »

 

Réponse de l'enseignante :

 

« Après Olivier Pyet Illusions Comiques c’est la pièce Britannicus de Racine qui est au programme des Options de Spécialité Théâtre.
J’ai commencé la séance par dire qu’on allait travailler une langue qui nous est étrangère, la langue écrite du 17ème siècle, un univers qui peut nous paraître éloigné, l’Empire de Rome, et on va rencontrer des personnages étranges. On va étudier les alexandrins parce que c’est aussi de la poésie  (ah c’est du théâtre et de la poésie, on peut faire les deux ?!) et on va réviser les règles de la dramaturgie classique car c’est une tragédie. Ah oui unité de temps, lieu, action, oui, c’est ça.
De belles rencontres en perspective non ? 

Et puis en lecture cursive vous allez lire Pourquoi Titus n’aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai pour mieux connaître Racine et son siècle. Et c’est un beau récit, vous verrez.

On s’est donné ces objectifs comme point de mire après avoir fait au tableau le schéma des personnages, les luttes de pouvoir, les alliances et les couples. Et au fur et à mesure des séances, il nous est apparu avec mon intervenant, Franck Renaud, réalisateur, que viser un travail de scènes comme production finale de la séance était non seulement pédagogiquement peu efficace mais aussi qu’il risquait de nous faire passer à côté d’une exploration plus approfondie des enjeux de la découverte d’un tel texte pour des adolescents de 2018 à Roubaix.

Alors chaque élève du groupe s’est emparé d’un personnage, de ses vers, d’une situation et très modestement chacun a enquêté sur son personnage, s’est identifié à lui,  et a parlé sa langue.

Chaque élève a essayé, s’est débattu avec l’alexandrin, le rythme, les « e muet » et les césures.
De contrainte en contrainte des libertés sont advenues, des analyses, des moments de jeu, des rejets et des diérèses !
Franck a filmé les moments de cette enquête collective, les tâtonnements, les révélations, les déplacements émouvants au cœur de la pièce et dans la salle.  Nous avons travaillé le jeu caméra, le chuchotement et la diction. Nous avons passé les élèves à la question et progressivement dirigé des scènes. Chacun s’est armé de la caméra parce que Néron est partout, c’est notre parti-pris. 

Il y aurait un écran géant et on passerait le film des évènements pendant la représentation pour montrer que Néron s’incruste dans chaque scène et dans chaque tête. La figure du tyran au pouvoir s’infiltrant dans les esprits et épiant les indices de complots et d’amour.
Le montage  qu’il a réalisé est le reflet de ce compagnonnage entre des jeunes d’aujourd’hui et une fable d’hier, compagnonnage qui relève tantôt de la domestication d’un texte, tantôt de l’appropriation d’une langue aux accents surannés, tantôt de l’analyse des rapports entre une mère Agrippine et son fils, Néron, tantôt encore de la jubilation à jouer une amoureuse Junie, forcée de cacher son amour pour Britannicus.
Montage émouvant parce qu’il est signe d’un travail collectif  en train de se faire.

C’est notre « esquive »(1) à nous et la trace du plaisir qu’il y a eu à jouer Britannicus.
 »

 

Géraldine Serbourdin,
Mars 2018

 (1)- L’Esquive, film de Abellatif Kechiche (2004)

 

 

Géraldine Serbourdin, professeur de théâtre au Lycée Baudelaire de Roubaix
Franck Renaud, réalisateur et intervenant en classe de Terminale.
L’Option Théâtre de Spécialité est partenaire du Théâtre du Nord à Lille