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L'Édito de David Bobée

C'est avec la joie de vous retrouver et l'impatience de commencer la saison que l’équipe et moi-même vous présentons ce nouveau programme du Théâtre du Nord.

 

Une première saison de transition avec mon prédécesseur Christophe Rauck dont je tiens ici à saluer le travail accompli.

 

Une première saison qui, espérons-le, viendra clore définitivement le chapitre douloureux que nous venons de vivre auquel il nous faudra, sans doute, opposer une forme de résilience par la créativité, la générosité et le plaisir d’être ensemble.

 

Cela fait plus d’un an que nous nous employons à protéger les équipes artistiques, techniques ou administratives, permanentes ou intermittentes, afin que le secteur survive jusqu’à la réouverture des salles. L’initiative de mise à disposition des plateaux et résidences rémunérées pour les compagnies de la région, 200 jours au Théâtre du Nord, en est un exemple concret. Tout cela a été possible grâce au maintien des financements de la ville de Lille, de la Région Hauts-de-France et de l’État, ainsi qu’au soutien de la ville de Tourcoing. Il convient aujourd’hui de saluer leur engagement sans faille au moment où le secteur culturel en avait le plus besoin.

 

Une première saison que nous avons voulue libre, solidaire et égalitaire. Égalité entre les hommes et les femmes en affirmant une saison paritaire. Égalité entre les individus par une ouverture à la diversité des expressions et des origines des artistes et par une politique d’accessibilité engagée. Égalité entre celles et ceux qui vivent aujourd’hui et celles et ceux qui vivront demain en menant notre activité de façon responsable et durable.

 

Une première saison pour me présenter à vous à travers mes propres spectacles : Peer Gynt, Viril, Lucrèce Borgia et pour vous présenter les nouveaux et nouvelles artistes associé·e·s du Théâtre du Nord : Éva Doumbia, Virginie Despentes et Armel Roussel. C’est aussi une nouvelle étape pour l’École du Nord : la promo 6, que nous applaudirons dans Henry VI, laissera la place au Studio 7.

 

Une première saison dans laquelle les récits de Shakespeare, Hugo, Homère, Tchekhov, Marivaux, Schwartz, Ibsen, dialogueront avec ceux contemporains de Dieudonné Niangouna, Virginie Despentes, Ren Hang, Pauline Peyrade, Penda Diouf, Paul B. Preciado, Joël Pommerat et tant d’autres. Ces grands textes seront portés par les moyens du XXIe siècle, les dramaturgies contemporaines et les mises en scènes transdisciplinaires qui se créent aujourd’hui de par le monde.

 

Une première saison pour aller à la rencontre d’œuvres qui ouvriront nos horizons vers la Russie, l’Afrique du Sud, la taïga sibérienne, le Danemark et l’Amérique des chercheurs d’or, les montagnes et les fjords de Norvège, la Grèce antique et la Chine contemporaine, le Congo créatif et le Brésil humaniste, la Belgique et Israël, le Japon, la Suisse et le Portugal, le Vietnam des origines, le Maroc, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Mali, l’Irak… Nous irons à la rencontres d’artistes internationaux qui pour certain·e·s sont menacé·e·s dans leurs pays pour leur liberté d’expression et de création, qu’ici, nous chérissons tant.

 

La culture est une chose simple, belle et essentielle. Elle est un héritage précieux, aux racines multiples, elle est ce que nous créons collectivement, ce que nous partageons, ce que nous inventons ensemble chaque jour. Elle est, enfin, ce qui restera de nous pour les générations à venir. La culture est un bien commun, qui permet de reconnaître en l’autre, un frère ou une sœur, et ainsi participer à la transformation d’une population, par essence diversifiée, parfois divisée, en peuple uni et indivisible. C’est là le pari fou et magnifique du service public de la culture. Nous avons fait, faisons et ferons notre part avec humilité et responsabilité.

 

Quelque chose est en train de se modifier, un état du monde a sans doute atteint une limite et nous enjoint à modifier quelque chose en nous, personnellement et collectivement. Il nous appartient de repenser le monde et nos sociétés. Les récents et nombreux mouvements contestataires, spontanés ou militants, quelle que soit la perception qu’on en a, nous annoncent un monde en réinvention : un besoin de démocratie renforcé, une pensée politique créative et réappropriée depuis les périphéries, une nécessité d’une plus grande justice sociale. Les artistes sont à l’écoute de ces tremblements du monde, ils et elles en sont les traductrices sensibles et ils et elles nous aident à les ressentir, à les comprendre, à nous transformer. Et ainsi, à faire de nous des acteurs et des actrices de notre temps.

 

Voici donc une saison pensée pour vous, nourrie de ces grands motifs et enjeux citoyens de ce début de siècle mouvementé.

 

Je vous souhaite, à vous qui savez que le Théâtre du Nord est le vôtre, une saison vivante, engagée, joyeuse, drôle, profonde, responsable, émouvante, collective, solidaire, humaniste.

 

 

DAVID BOBÉE

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