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Disparition du metteur en scène Jean-Pierre Vincent

On attendait avec impatience de voir prochainement sa version d’Antigone de Sophocle, au Théâtre National de Strasbourg. Qu’aurait-il fait de ce mythe vieux de 2500 ans et de son héroïne? Comment aurait-il fait exploser au plateau l’intelligence du texte, sa sensibilité, pour mieux en découdre avec le monde d’aujourd’hui ?

 

Quand Jean-Pierre Vincent était venu présenter à notre équipe Iphigénie en Tauride – celle de Goethe et non celle d’Euripide – qu’il était en train de répéter en 2016, il avait exprimé le bonheur qu’il avait de se ressaisir des classiques, de les explorer pour les mettre en scène, avec la revigorante modernité qui était la sienne.
Le 12 mars 2016, il avait participé, à l’invitation de Christophe Rauck, à une journée de rencontres autour du personnage de Figaro, pour évoquer, également avec Jacques Lassalle, leur mise en scène respective du Mariage de Figaro. En 1987, Jean-Pierre Vincent déjà, montrait combien les femmes menaient le jeu autour du couple maître-valet…

 

Jean-Pierre Vincent, c’était d’abord une énergie. Blouson de cuir noir, œil vif et toujours un projet, une bataille, voire un combat à mener.
Ce passionné d’histoire aimait à dire qu’il avait horreur du passé : « Je travaille pour que le passé serve le présent et pas l’inverse comme dans la culture réactionnaire française, bien calée bien traditionnelle, catholique et cuistre ».

 

Directeur du Théâtre National de Strasbourg (1975-1983), du Théâtre Nanterre- Les Amandiers (1990-2001), administrateur de la Comédie-Française (1983-1986) sur laquelle Mitterrand via Jack Lang lui demande de souffler un vent nouveau, Jean-Pierre Vincent avait repris sa liberté en 2002 en créant la compagnie Studio libre qui ne manquait pas de lui laisser du temps pour travailler avec de jeunes comédiens dont il adorait l’énergie. Brillant pédagogue, il a été découvreur de talents, et nombre de grands comédiens d’aujourd’hui peuvent se réclamer de son enseignement.  

 

Jean-Pierre Vincent, c’était aussi la fidélité à ceux qui avaient bâti avec lui la centaine de mises en scène qu’on lui doit et, notamment, Bernard Charteux son dramaturge et Jean-Paul Chambas, son scénographe.
Avec ses camarades du club-théâtre du lycée Louis-Le-Grand (1958), Patrice Chéreau (1944-2013) et Jérôme Deschamps, Jean-Pierre Vincent a été de cette génération de metteurs en scène, qui a donné le grand coup de pied salvateur dans le théâtre bourgeois de l’après-guerre.

 

Sa disparition nous laisse orphelins, comme avant lui, celle de son compagnon de route, Patrice Chéreau, nous avait coupé les ailes. Il reste des captations et le souvenir de ses spectacles présentés au Théâtre du Nord : Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux (1999) ; Lorenzaccio d’Alfred de Musset (2001) ; Derniers remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce (2005) ; L’Eclipse du 11 août de Bruno Bayen (2007) ; Le Silence des communistes (2008) ; Iphigénie en Tauride de Goethe (2016).

 

Le Théâtre du Nord

 

► https://www.theatre-contemporain.net/video/Figaro-divorce-rencontre-avec-J-Lasalle-J-P-Vincent-et-C-Rauck

 

► https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2020/11/05/le-metteur-en-scene-jean-pierre-vincent-est-mort_6058662_3382.html#:~:text=Le%20metteur%20en%20sc%C3%A8ne%20Jean-Pierre%20