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Dans la presse - Simon Falguières

Article provenant de Télérama 

Édition du 18 au 24 novembre

Gros plan INTERDIT AU PUBLIC

 

Un spectacle annulé, deux autres menacés. Alors que sa carrière prend son envol, Simon Falguières, auteur de théâtre, n’attend que la réouverture. Le Petit Poucet est programmé en décembre à la Colline. On croise les doigts.

 

1988 Naissance à Évreux. 2006 Écriture et mise en scène de sa première pièce, La Marche. 2009 Création de la compagnie Le K. 2019 Création du Nid de cendres au Théâtre du Nord (Lille). 2020 Création des Étoiles au Théâtre national de la Colline.

 

Simon Falguières est de ces artistes que le reconfinement a fauchés en plein vol. La pilule est amère. Son spectacle Les Étoiles, qui devait se jouer en novembre à Paris, est annulé. Pas facile à encaisser lorsqu’on est un jeune auteur qui espérait franchir pour la première fois les portes du Théâtre national de la Colline, autrement dit le temple des écritures contemporaines. «C’est comme un accouchement interrompu avant terme, un déchirement d’autant plus violent que nous arrivions au bout d’une année et demie de travail sur la pièce», confie celui qui doit maintenant patienter avant de savoir si le second de ses spectacles (Le Petit Poucet), prévu en décembre dans ce même théâtre, aura lieu. Simon Falguières refuse néanmoins d’abdiquer face à ce coup du sort. Puisque les répétitions sont autorisées, sa troupe poursuit son travail d’arrache-pied : «Nous devons rester soudés et conserver la joie.» Une joie qui se vit en petit comité : interdite aux spectateurs, aux journalistes, aux programmateurs, la salle de la Colline n’est accessible qu’aux équipes artistiques et aux salariés du théâtre. Dans cet établissement national, on ne transige pas avec les consignes gouvernementales. Le il novembre à 17 heures, date à laquelle devait avoir lieu la première des Étoiles, personne n’a tendu son ticket à l’ouvreur. Pourtant, ce jour-là, à l’heure dite, les acteurs étaient bel et bien sur scène, maquillés, en costume et prêts à jouer. Étrange situation que de répéter un spectacle condamné à se tenir devant des sièges vides. Simon Falguières ne succombe toutefois pas aux sirènes du numérique : «Le théâtre est l’un des derniers arts où l’on voit un humain sans qu’un écran s’interpose entre lui et nous. Je l’aime pour cette raison. Tant que la communion avec le public n’est pas là, l’art théâtral est dans une forme d’hibernation. » Plutôt que de livrer sur Internet une captation vidéo de son spectacle, il en diffuse des scènes audio, chaque semaine pendant le confinement, sur le site de sa compagnie. Lorsqu’on lui demande comment il se projette dans l’avenir, il répond que cela lui est «difficile». Cet avenir s’annonce en effet incertain, mais (encore) prometteur : tournée des Étoiles prévue en janvier et février, au-dessus de laquelle est désormais suspendu le glaive menaçant du Covid ; création, au mois de mai à la Tempête, du Nid de cendres, une épopée de six heures qu’il a écrite pour seize acteurs, une «folie» dont il ignore «si elle pourra exister dans le contexte actuel». Il faut avoir le cœur bien accroché pour ne pas céder au découragement. Celui de Simon Falguières n’est pas près de chuter. Ce qui le tient? La mission d’un théâtre de service public qu’il place au-dessus de tout : «Nous sommes privilégiés. Nous nous devons de tenir notre rang jusqu’au bout.» Et aussi l’écriture, qui n’a que faire d’une pandémie : «S’il y a un moment pour s’atteler à la rédaction de ses oeuvres complètes, c’est celui-là!» s’exclame l’auteur. L’imaginaire est-il plus fort que l’enfermement? C’est le sujet même de sa pièce Les Étoiles. -

 

Joëlle Gayot

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