A propos

Personne n’a jamais su qui était réellement B. Traven, l’auteur mystérieux de plusieurs romans devenus cultes (notamment Le Vaisseau des Morts ou le Trésor de la Sierra Madre, adapté au cinéma par John Huston et récompensé plusieurs fois aux Oscars).


De sa jeunesse anarchiste pendant la première Guerre mondiale à son exil au Mexique, il a revêtu de nombreuses identités et a multiplié les fausses pistes sur son existence. Cette volonté de fuir la médiatisation et de rester dans l’ombre obéit chez Traven à une revendication d’ordre politique : échapper à toute identification, à toute appartenance, à toute récupération. Son œuvre est parcourue par cette obsession et par la défense des individus et des peuples opprimés et exploités, notamment les Indiens du Chiapas, auxquels il a consacré plusieurs romans.
B. Traven est une pièce qui met en scène, de 1914 à 2014, sur plusieurs continents, plusieurs destins qui se croisent autour des multiples identités de ce mystérieux personnage. Les différentes intrigues s’entrelacent et construisent sur plusieurs générations un kaléidoscope de récits où chaque époque semble hantée par le spectre de la précédente. Ces dialogues et réminiscences d’une génération à l’autre offrent une réflexion sur les héritages idéologiques, sur la circulation des mythes et des récits à travers l’Histoire, sur la question des luttes oubliées par l’Histoire officielle, et sur ce qui fut au centre de l’œuvre et de la vie de Traven : l’identité comme lieu de résistance à la machine sécuritaire et médiatique.
Les différentes histoires qui composent cette pièce tissent ainsi un réseau de résonances, d’intertextualité, sur la notion d’identité à travers l’histoire du XXème siècle, et interrogent la place des mythes et des récits dans le processus historique, c’est-à-dire la façon dont le présent est hanté par le passé (et travaillé par lui) par l’intermédiaire des récits dont nous héritons (mythologies familiales, héritages idéologiques, imageries véhiculées par les médias ou le cinéma…).


À la croisée entre roman noir et roman d’aventure, B. Traven nous entraîne de la première Guerre mondiale à la crise des subprimes, de la République de Bavière à la révolte au Chiapas, en passant par les années sombres du maccarthysme à Hollywood et les coups d’état des années 70 en Amérique du Sud, dans le sillage des multiples vies – réelles et fictives – d’un homme pour qui la question de l’identité fut une obsession de nature politique.