tout savoir sur syndrome u

Suite à l’écriture et la mise en scène de mon dernier projet intitulé Naissance, j’ai eu le sentiment de commencer un cycle.

Je cherche à parler, par l’allégorie, d’une société qui se questionne sur sa propre évolution.

Ainsi dans Naissance, la dernière création de la compagnie, c’est un village menacé de famine qui tente de conjurer le mauvais sort en se tournant vers l’interprétation d’un texte saint. Au milieu d’une cérémonie, le fils du Porteur d’eau découvre une partie cachée de texte.

Les interprétations de chacun fusent alors et jouxtent les désirs de pouvoir. On assiste au bouleversement de cette communauté d’hommes modestes confrontés à un questionnement métaphysique.

Finalement, cette communauté opère une mutation et entre dans une nouvelle ère. Elle perd son illusion religieuse mais aussi sa faculté à rester solidaire, à rester liée.

Nous nous placions dans un contexte plus archaïque pour remettre en question le dogme religieux au profit de l’émergence d’une pensée politique.

Dans Syndrome, c’est l’inverse : il y est question de la mise en sommeil de la pensée politique et de la résurgence, dans un cadre démocratique, d’une forme de tyrannie.

Le syndrome d’utopie est un terme employé en psychothérapie. Il désigne la souffrance qu’engendre la quête sans fin d’une solution définitive et parfaite, solution qui par nature n’existe pas.

Collectivement, la quête d’une démocratie parfaite, d’un système de société protecteur et paternaliste, ne nous expose-t-il pas à la souffrance d’un retour abrupte à la réalité ?

 


 

Propos

Syndrome U est une pièce qui tente de mettre à jour un des paradoxes, selon moi, les plus profonds de nos démocraties contemporaines :

Si la société doit faire corps et imposer le règne de la majorité mais que tous les corps sont séparés, que le temps de la politique est dissout (dans le travail et le divertissement notamment), que les questions universelles sont remplacées par des préoccupations singulières, de quelle forme de gouvernement accoucherons-nous bientôt ?

Une des réponses de la pièce, lorsque la Masse trouve à s’incarner pour répondre à sa propre absurdité administrative, c’est que nous sommes capables, collectivement, d’accoucher d’une pensée univoque et totalitaire. La brèche qui sera ouverte à la fin de la fiction c’est celle qui fait le pari d’une réinvention de la politique en remettant l’humain et la pensée de l’humain au centre des décisions collectives.

En fait, un nouvel humanisme.

Pour poser ces questions, je me suis amusé à pousser certaines tendances déjà perceptibles de notre société actuelle.

J’ai donc imaginé une société organisée plus encore autour de la notion de divertissement, de productivité et de réussite. J’ai atomisé un peu plus la vie citoyenne. J’ai supprimé la classe politicienne au profit d’administrateurs. Et retiré toute pensée complexe, toute vision globale.

Je plonge les personnages dans un contexte qui, finalement, les pousse à réagir, à se réengager.

C’est ainsi que la pièce fait le pari, optimiste, d’une réinvention nécessaire du commun et de la politique.

En Jeu…

Nous allons découvrir cette histoire par le biais de 5 personnages, tous ancrés dans leur quotidien et leurs problématiques immédiates.

Ce ne sont pas des visionnaires ni des révolutionnaires, ils sont représentatifs du citoyen moyen.

Leur langue est simple, concrète.

Ce sont leurs tentatives, leurs échecs et leurs errances qui font avancer l’histoire et donne à voir un parcours chaotique pour le meilleur comme pour le pire…

En jeu, nous chercherons, comme dans Naissance, retrouver un état de fragilité. Un jeu au rendu proche de celui d’une grande improvisation. Nous ne souhaitons pas que les comédiens portent, par leur diction ou leur corps, le propos politique de la pièce, mais qu’ils en incarnent les icônes se débattant de manière très primaire, concrète et pragmatique dans un système qui les dépasse.

Nous souhaitons que l’appropriation du texte par les comédiens fasse oublier l’écriture au profit de la situation, de l’argumentation, des paradoxes et des échanges plus ou moins fructueux des personnages.