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Nouveau directeur du Théâtre de Lorient, Centre dramatique national (janvier 2016), Rodolphe Dana, dont le nom est associé depuis quinze ans au Collectif Les Possédés (Platonov de Tchekhov présenté en mars 2015 au Théâtre du Nord), s’engage avec passion dans l’adaptation du premier roman de Steve Tesich, un poignant roman d’apprentissage sur le renoncement. Le spectacle sera créé au Théâtre de Lorient en novembre 2017.

Comment se construire un destin ? Voilà l’une des questions centrales du roman de Steve Tesich. Ce qui m’a retenu et bouleversé à lecture de ce livre, c’est la manière subtile et limpide qu’a l’auteur de nous faire entrer dans l’intimité de son jeune héros, Daniel Price. Tesich dépeint de manière si singulière et si mature les tourments traversés par ce jeune homme, qu’immédiatement l’identification a lieu. Nous devenons Daniel Price, nous nous reconnaissons en lui. Nous percevons le monde à travers ses sensations. Nous vivons avec lui chaque événement et chaque événement le modifie. Nous suivons pas à pas les étapes qui font de lui un homme, un adulte, si devenir adulte consiste, avant tout, à accepter le réel. La violence du réel. Ici, la violence se fait par l’intermédiaire du père. Ce dernier ne veut pas que son fils réussisse là où lui a échoué. Le père refuse que son fils « espère ». On apprend au cours du roman le mal du père, l’origine de sa violence à l’égard du fils. Les enfants ne sont jamais responsables du malheur de leurs parents, ils en sont juste les dépositaires. Le père a été trahi par la mère, simplement parce qu’un soir d’été elle a souri à un autre homme. Un sourire particulier. Tout le drame du père est né dans ce sourire dont il n’était pas le destinataire. Entre le père et le fils, le sourire de la mère comme une hache de guerre. Mais Daniel fourbit ses armes dans le silence et la patience. Il s’apprête à affronter le père lorsqu’un événement vient bouleverser ses plans : le père tombe gravement malade. Dans le même temps, Daniel découvre l’amour. Rachel. Un prénom d’abord. Il tombe amoureux d’un prénom puis de celle qui l’incarne. Il pense avoir trouvé un destin. L’amour comme signe du destin. Il n’est plus seul, il n’est plus l’enfant. Il devient un homme. Par amour. Par l’amour. Mais là aussi, rien ne sera simple. L’invention de soi, devenir qui on est, voilà de quoi il s’agit, ici. Ecrire sa vie. Sa propre vie. Rodolphe Dana, avril 2016

 

 

Du roman au théâtre.- Dans Price, c’est la voix de Daniel qui raconte l’histoire. Son imagination et sa sensibilité imprègnent tout le récit, jusqu’à le rendre parfois fantasmagorique, irrationnel. Mettre en scène ce récit subjectif, cette éducation sentimentale, c’est donc faire du plateau un espace à la fois intime et imaginaire. L’exploration de la lutte familiale, amoureuse et amicale, tout autant que les soliloques de Daniel s’inscriront dans une scénographie intimiste. Il s’agit d’être proche des corps des acteurs, de leur respiration et leurs déplacements intérieurs afin d’immerger le spectateur dans l’histoire. Conjointement à ce désir de proximité, qui inscrit la réalité du plateau au coeur du spectacle, la scène sera aussi l’espace-écran sur lequel Daniel se « fait des films ». L’espace où la réalité devient de la fiction, et où se déploie l’imagination de l’adolescent. Concrètement, nous imaginons au plateau des éléments de décor qui dessineront des espaces, suggèreront des lieux. De la légèreté, de la mobilité dans la scénographie, permettant d’imaginer – et non de représenter – des intérieurs (cuisine, chambres…) et des extérieurs (rue, cour de lycée, campagne…). Les acteurs seront amenés à manipuler le décor, le déplacer. Nous continuerons ainsi d’entretenir cette idée que si le théâtre n’est qu’une l’illusion, l’histoire racontée, elle, a bien lieu. Maintenir ces deux niveaux de lecture opérants : illusion et réalité. Les deux se répondent, les deux sont nécessaires.