tout savoir sur france-fantome

Ex-élève de L’Ecole du Nord (2006-2009), membre du collectif d’auteurs et d’artistes du Théâtre du  Nord, Tiphaine Raffier signe son troisième spectacle (La Chanson (2012) Dans le nom (2014), ces deux textes ont été publiés aux éditions La Fontaine) produit par le Théâtre du Nord, qui accompagne depuis la saison dernière la naissance de sa compagnie La femme coupée en deux.   

 

 

Si Dans le nom parlait du mystère de l’Annonciation, France-Fantôme prend comme point de départ l’autre grand mythe christique : la Résurrection.

Le personnage principal de mon histoire est une anti-héroïne du deuil. Elle fait partie des inconsolables. Son chagrin est insurmontable et sa douleur intolérable. Puisque la science en a les moyens, elle annulera ses peines.

Si les grandes religions ont été les premières à parler d’immortalité, c’est aujourd’hui les futurologues qui investissent le plus vieux rêve de l’humanité. Le transhumanisme, pris très au sérieux partout dans le monde, considère la mort comme une maladie dont on peut guérir.

France-fantôme sera une œuvre de science-fiction, en ce sens où la science-fiction est une voie possible pour comprendre le réel, ici et maintenant. Rien de prospectif ni de visionnaire. Rien de technophile ni de technophobe. La science n’est pas le thème du spectacle. La science-fiction est le décor par lequel il me faut passer pour pouvoir parler d’autre chose : de l’image, de la mémoire et du chagrin.

L’occasion d’aborder aussi notre rapport ancestral à la technique. Nous chercherons une esthétique, rétro futuriste, contrepied d’une miniaturisation de la technique. Les machines réalisent des performances encore impossibles aujourd’hui (déchargement des souvenirs), mais elles sont lourdes et poussiéreuses.

Nous travaillerons à faire émerger un futur qui a déjà un passé.
J’ai conscience qu’amener la science-fiction au théâtre est un défi. La littérature ou le cinéma semblent plus adaptés au genre. Je pense le contraire. Je pense que la plasticité narrative de la SF offre un champ éminemment politique donc théâtral. Il y a du style littéraire gothique dans cette histoire de revenants. Je veux faire un spectacle sensuel. Le présent de la représentation et l’incarnation seront à la fois mes sujets et mes outils de création. France-fantôme est à la fois une œuvre d’imagination, une dystopie mais aussi une histoire d’amour et de chair. C’est ainsi que mes personnages devront faire face à de nouveaux questionnements : comment cohabiter avec des êtres qui reviennent de l’au-delà ? Doivent-ils avoir les mêmes statuts que les citoyens originels ? Comment vit-on sous l’ère de la neuvième révolution scopique ? A quoi sert le cerveau humain quand sa mémoire est externe ? Comment regarder le monde avec les yeux d’un autre ? Comment aimer sa femme avec les bras d’un autre ? France-fantôme parlera autant de l’intime, des sentiments que de technologie.  Les personnages évolueront dans un monde à la fois semblable et différent du nôtre. Un univers parallèle comme un négatif de notre réalité. Une société à la fois hyper-mnésique et amnésique. Une société comme une île, comme un sanctuaire où la sécurité et la protection sont les maîtres-mots.
Un pays qui souffre de ses membres fantômes comme les blessures d’un inconscient collectif refoulé.

Voilà quelques interrogations que soulève France-fantôme.

Tiphaine Raffier –  avril 2017

 

Les deux précédents textes