Le projet de Christophe Rauck

« À des endroits, plus hauts que nous »

Conversation entre Marie Desplechin et Christophe Rauck – mai 2017

 

Difficile de ne pas te poser la question, même convenue, du rapport du théâtre et de la politique. Même dans l’exaspération ou la colère, elle nous traverse avec une urgence qu’on n’avait plus éprouvée depuis longtemps. Le théâtre, à ton sens, aurait-il un rôle particulier à jouer dans ce que nous vivons en ce moment ? Le théâtre est politique par essence, non parce qu’il dénonce mais parce qu’il est poétique. Il n’y a pas de poésie sans désir de fiction, sans volonté d’agencer les mots pour créer une pensée forte. Or penser, ce n’est pas seulement poser les problèmes du quotidien. Le théâtre est fait pour nous élever. Sinon, il n’est qu’une pâle copie du réel. Si Brecht est politique, c’est parce qu’il est un auteur épique. J’aurais peut-être été déçu de rencontrer l’homme Brecht. Mais je ne suis jamais déçu par ses textes. Ils sont plus grands que lui. Les grands auteurs ont les moyens de faire sentir les rapports de pouvoir, les ruptures ou les tragédies. Shakespeare, Molière, inventent une façon de le dire. Ils en font un véhicule. Marivaux, Claudel, Bond, écrivent comme personne n’a jamais écrit. Quand les spectacles sont forts et puissants, tout le monde

parle cette langue. Mais vouloir déplacer le théâtre à l’endroit du politique est une erreur. On ne milite pas aux mêmes endroits. C’est une idée paradoxale, d’opposer le théâtre au politique… Mais les choses ne vont pas les unes contre les autres ! Raconter des histoires, travailler sur des fictions, nous permet de nous projeter ailleurs que dans une tranche de réalité qui nous condamne au sur-place. Nous avons besoin d’images puissantes pour créer une vibration qui nous traverse autrement. Au théâtre, nous allons chercher à des endroits plus hauts que nous. Cette volonté de participer à l’aventure du beau, du grand, on en aura toujours besoin. Si le théâtre m’a révolutionné, je crois qu’il le fera pour d’autres.

Lire la suite…

> biographie de Christophe Rauck

> En podcast, Christophe Rauck se confie à MadameLune. Il parle du statut de directeur, d’une structure et d’une école, de la place du théâtre, du rôle d’un théâtre, et présente sa dernière création, « Amphitryon »

Lire aussi...

Les grands axes du projet pour le Théâtre du Nord et l’Ecole

–       l’accueil de grands noms de la mise en scène française et internationale,

–       une attention toute particulière à des jeunes metteurs en scène prêts à s’engager dans une aventure comme celle du Théâtre du Nord

–       l’ouverture à d’autres formes artistiques permettant la rencontre avec des publics diversifiés,

–       un axe fort vers la Grande-Bretagne et la Belgique,

–       l’intérêt affirmé pour la création destinée au jeune public,

–       une place centrale donnée aux auteurs vivants pour que le Théâtre du Nord et l’Ecole du Nord fassent entendre les textes dʼaujourdʼhui,

–       la prise en compte constante de la dimension pédagogique du Théâtre du Nord marquée par le lien avec son école,

–       l’invitation d’artistes de renom et d’artistes plus jeunes, sensibles à la transmission de l’art de l’acteur, pour le développement du projet pédagogique de l’Ecole du Nord,

–       des collaborations possibles avec les acteurs culturels de la région,

–       un Théâtre national et international par ses créations, ses accueils et son rayonnement (entre Paris, Londres et Bruxelles), mais aussi un théâtre de proximité, lieu de vie, espace de partage pour tous,

–       un lieu qui essaime et s’enrichit des diversités des autres structures et travaille en complémentarité,

–       l’ouverture du théâtre sur la Cité, comme un lieu d’échanges et de rencontres, avec des rendez-vous réguliers (écho des événements musicaux de Tourcoing à lʼIdéal, grands débats philosophiques, rencontres thématiques, soirées de rentrée littéraire,

–       un seul projet qui doit se développer en tenant compte des spécificités des deux villes,

–       une relation réinventée entre les artistes et le public, passant par une nouvelle communication et un véritable travail de terrain et d’actions d’accompagnement des publics.

Ses premiers mots sur un nouveau projet

Je suis très heureux de venir diriger le Théâtre du Nord et son Ecole, de poursuivre avec toute l’équipe cette aventure artistique et d’en écrire aujourd’hui une nouvelle page.

C’est la possibilité pour moi de déployer une aventure artistique plus ample et encore plus singulière, réunissant un lieu de création majeur du réseau des Centres Dramatiques Nationaux et une école d’acteurs.

C’est aussi la possibilité d’imaginer des spectacles et des rencontres avec des artistes qui m’enchantent et me bouleversent : auteurs, acteurs et metteurs en scène qui m’ont accompagné jusqu’à présent et d’autres que le Théâtre du Nord me permettra de découvrir.

L’identité du Théâtre du Nord restera marquée par le théâtre de texte.
Je suis fait de cela et mon amour des grands textes est constitutif de ma réalisation artistique. Pour autant, j’ai aussi le désir d’ouvrir la programmation, d’y amener de nouvelles couleurs, de nouvelles formes artistiques (marionnettes, théâtre musical, théâtre jeune public…), en lien avec les nombreuses structures culturelles de la région désireuses de s’enrichir de nos différences.

Je souhaite enfin que le talent, l’hospitalité et l’ouverture soient les maîtres-mots de cette nouvelle aventure.

Fort de ma double expérience de direction, au Théâtre du Peuple de Bussang dans les Vosges (2003-2006) et au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis (2008–2013), je prends les rênes d’un Centre Dramatique National très étendu avec un théâtre à Lille, un autre à Tourcoing (L’Idéal) et une école de formation professionnelle (L’Ecole du Nord) implantée dans un autre quartier lillois. Cela permet de développer un projet artistique ambitieux, ouvert sur la transmission, engagé par la création pour voyager et faire circuler sur tous ces territoires et en direction de tous les publics, l’image d’une maison vivante et dynamique.

Christophe Rauck,
Directeur du Théâtre du Nord