Avec André Markowicz

Hamlet, une ode au théâtre

du 08 au 12 octobre 2018

 

Pendant une semaine, les élèves ont partagé l'univers d'André Markowicz. Pour cet atelier, c'est sur Hamlet de Shakespeare que son choix s'est arrêté, l'une des pièces les plus célèbres du répertoire et que tout le monde la connait. Mais avec le traducteur et dramaturge, le concept de "ré-apprendre à lire" prend tout son sens, et les élèves n'ont eu de cesse de remettre en question ce qu'ils pensaient connaitre de la pièce.

 

Pour une première année à l'Ecole, que puis-je faire, moi, qui ne monte pas les pièces, qui ne dirige pas les acteurs, qui ne peux répondre que du texte, et rien que du texte, et toujours du texte dans un moment de l'histoire du théâtre en Occident où le texte est de plus en plus considéré comme un matériau, à modeler comme le souhaite le metteur en scène, pour faire dire à l'auteur quelque chose que le metteur en scène veut lui faire dire, ou pense qu'il pourrait avoir dit s'il avait eu la chance de vivre avec nous ?... Je ne puis revenir qu'au texte, et essayer de montrer aux jeunes acteurs comment un texte peut être lu, ce qu'il peut contenir, au-delà de l'intrigue qu'il raconte.

 

J'ai l'habitude de travailler sur Hamlet, — pour essayer de faire partager mon amour de cette pièce, et mon admiration immense. Ce n'est pas très original, me dira-t-on. Non. Mais à quoi bon chercher à être original ? 

 

Nous avons travaillé, évidemment, avec ma traduction — puisque c'est cela que je suis d'abord, un traducteur, — mais en regardant toujours le texte anglais, et en comparant, point à point, plusieurs autres traductions, — essayant de montrer que jouer Shakespeare en français, c'est, par nature, ne pas jouer Shakespeare, mais Shakespeare vu par quelqu'un. Et qu'il est donc impossible, et stupide, de mélanger les traductions, de glaner, de livre en livre, ce qui nous arrange, pour faire une "adaptation de plateau", comme c'est si souvent le cas. Chaque texte, chaque interprète, a sa logique propre, ou, disons, est censé l'avoir.

 

Il s'agit de lire — à haute voix. Apprendre à distinguer les niveaux de langue, les niveaux de sens. De se replonger, autant que possible, dans l'époque, comprendre ce que nous appelons, Françoise Morvan et moi, les "motifs", c'est-à-dire les mots répétés que cette répétition transforme peu à peu en personnages, quasiment au même titre que les personnages joués par les acteurs. Il s'agit d'apprendre la matérialité du texte. Lire les mots.

 

Il s'agit d'aller au point. De comprendre comment on dirige son souffle pour aller jusqu'au point, c'est-à-dire jusqu'au bout de l'idée.

 

Il s'agit, d'abord et avant tout, d'apprendre à aimer lire, et de découvrir, pour nombre d'élèves, que, même s'ils n'ont jamais appris à le faire vraiment, ils peuvent le faire. 

 

Et bon, je ne sais pas de quoi d'autre il s'agit. Je ne parlerai pas de la façon dont nous avons lu. Ça nous concerne, nous, pendant le travail. Et ça, c'est l'affaire d'un groupe.

 

 

 

André Markowicz, 27 octobre 2018.