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John Cromwell – John Cassavetes – Cyril Teste – Isabelle Adjani

 

En 1963, John Cromwell, jusque-là connu comme acteur, crée une courte pièce, un lever de rideau d’une trentaine de minutes. Inspiré de la figure réelle de Laurette Taylor (qui fut une star du muet et de Broadway), Opening Night donne à voir les derniers instants d’une actrice dans sa loge avant son entrée en scène pour son grand retour en Arkadina dans La Mouette de Tchékhov.

Qu’est-ce qu’on dit, qu’est-ce qu’on pense derrière sa porte fermée, devant le miroir de sa table à maquillage, avant d’aller rejoindre cet espace où tout se joue ce lieu étrange qu’on appelle le plateau ? (…)

Une quinzaine d’années plus tard, John Cassavetes reprend le titre de la pièce, son motif – et explose tout, pour tout réinventer et filmer un chef- d’œuvre (…) avec Gena Rowlands. (…)

 

Isabelle Adjani a d’abord été marquée par le film de Cassavetes.

Plus récemment, elle a lu la pièce de Cromwell.
Et il y a peu, on l’a vue faire une expérience en scène (…) avec des cycles de lectures qui étaient autant de visites dans un musée imaginaire : celui d’auteurs qu’elle admire, de figures qui la font rêver.

Par ces lectures, l’actrice a retrouvé le goût d’une intensité que seule produit la scène : celle d’un partage immédiat, sur le fil de l’instant, pour un public à chaque fois unique, devant lequel elle joue des interférences entre interprète et rôle, présence et hantise, fiction et réel.

 

De Cyril Teste, Isabelle Adjani connaissait déjà le travail pour avoir vu Nobody.

Cyril Teste et son collectif MxM travaillent depuis des années à la mise au point d’un mode de création originale, la « performance filmique », qu’il est assez difficile de réduire en formules.

Côté « filmique », leur recherche recourt à la captation et au montage en direct d’images surgissant au plateau.

Côté « performance », elle met face au public des interprètes physiquement présents, jouant à la fois pour la salle et pour la caméra, en fonction d’un double dispositif théâtral et cinématique, mais aussi sur la limite qui les sépare, chacun des pôles constituant le hors-champ du récit que propose l’autre.

Ce dispositif d’écriture dramatique en partie double, et les effets qu’il produit, se retrouvent de manière éclatante dans la récente création de Festen, d’après le film et la pièce de Thomas Vinterberg. Cyril Teste ne s’y contente pas de mettre en scène un texte en y insérant des effets vidéo ; il n’a pas davantage adapté un scénario filmique pour le ramener aux normes du « spectacle vivant ». Son travail se tient réellement au carrefour vivant des perspectives qu’ouvre aujourd’hui le dialogue entre théâtre et cinéma. Cyril Teste et Isabelle Adjani ont décidé de se lancer dans cette aventure qu’est l’invention d’un terrain commun.  Une constellation mouvante a commencé à prendre forme, d’abord  à Angers, lors d’une première lecture de fragments puis à la Villa Cavrois à Croix…
Daniel Loayza (Extraits d’un article paru dans la revue du Quai d’Angers- CDN Pays de la Loire- n°3/2018)