tout savoir sur jan karski

« Comme à son origine, le théâtre peut faire entendre la voix de ceux qui n’en ont plus et transmettre au plus grand nombre cette tragédie du silence imposé. Au moment où les témoins de l’Holocauste disparaissent, le temps du relais est venu », explique Arthur Nauzyciel, directeur depuis le 1er janvier 2017 du Théâtre National de Bretagne à Rennes, et qui a souhaité reprendre cette création majeure, saluée par le Syndicat de la critique qui lui attribua le prix Georges-Lerminier (2011/2012). Après Splendid’s de Jean Genet présenté en avril 2015, c’est la 2e fois qu’Arthur Nauziciel est accueilli au Théâtre du Nord.

 

« Quand la guerre s’est achevée, j’ai appris que ni les gouvernements, ni les leaders, ni les savants, ni les écrivains n’avaient su ce qu’il était arrivé aux Juifs. Ils étaient surpris. Le meurtre de six millions d’êtres innocents était un secret. « Un terrifiant secret » comme l’a appelé Laqueur. Ce jour-là, je suis devenu un Juif. Comme la famille de ma femme, présente ici dans cette salle. […] Je suis un Juif chrétien. Un catholique pratiquant. Et bien que je ne sois pas un hérétique, je professe que l’humanité a commis un second péché originel : sur ordre ou par négligence, par ignorance auto-imposée ou insensibilité, par égoïsme ou par hypocrisie, ou encore par froid calcul. Ce péché hantera l’humanité jusqu’à la fin du monde. Ce péché me hante. Et je veux qu’il en soit ainsi. »

Jan Karski, octobre 1981.

Lors de la Conférence internationale des libérateurs des camps de concentration organisée par Elie Wiesel et le Conseil américain du Mémorial de l’Holocauste.

Biographie de Jan Karski (Pologne, 1914 – USA, 2000)

Jan Karski, de son vrai nom Jan Kozielewski, est né à Lodz en 1914. Fils d’une famille de la bourgeoise polonaise, il perd son père à l’âge de 6 ans. Elève brillant, catholique fervent, il est activiste des Légionnaires de Marie et rêve de devenir diplomate. En 1939, lorsque la guerre éclate, il est employé au ministère polonais des Affaires étrangères. Durant la campagne de septembre 1939, il est fait prisonnier par les Soviétiques, puis remis aux mains des Allemands. En novembre 1939, il réussit à s’évader d’un transport de prisonniers, arrive à Varsovie et rejoint la Résistance au sein de laquelle son frère aîné joue déjà un rôle important. À partir de janvier 1940, il prend part aux missions de liaison avec le gouvernement polonais en exil à Angers, en France. Fait prisonnier par la Gestapo en Slovaquie en juin 1940, il s’échappe avec l’aide de la Résistance de l’hôpital de Nowy Sacz et participe ensuite aux activités du bureau de la propagande et de l’information de l’Armia Krajowa (« force armée de l’intérieur »).

En octobre 1942, il part en mission, sous l’identité d’un travailleur français de Varsovie. Il traverse l’Allemagne, la France, l’Espagne, pour gagner Londres via Gibraltar. Il est chargé par la Résistance polonaise de fournir au Gouvernement polonais en exil, un compte-rendu de la situation en Pologne. Il transporte également des microfilms contenant nombre d’informations sur le déroulement de l’extermination des Juifs en Pologne occupée. Avant ce voyage, dans le cadre de sa collecte d’informations sur les camps de concentration et d’extermination allemands, deux leaders juifs — un responsable du Bund, le parti socialiste juif, et un responsable sioniste — l’ont fait entrer clandestinement, par deux fois, dans le ghetto de Varsovie et l’ont chargé de transmettre des messages aux Alliés. Ensuite, il a également pénétré dans un camp d’extermination qu’il croit être Belzec (en réalité celui d’Izbica Lubelska).

 

Ces précieux microfilms, dissimulés dans le manche d’un rasoir, parviennent ainsi à Londres entre les mains de son gouvernement dès le 17 novembre 1942. Quelques jours plus tard, un premier rapport de synthèse de deux pages sur l’extermination désormais certaine des Juifs en Pologne est diffusé auprès des gouvernements alliés et des personnalités et organisations juives de Londres.

Le Rapport Karski est transmis aux gouvernements britannique et américain avec la demande d’aide aux Juifs polonais. A Londres, il rencontre Anthony Eden, ministre des Affaires étrangères britannique, début février 1943.

Fin mai 1943, Jan Karski part pour les Etats-Unis. Après plusieurs entrevues avec des personnalités de l’administration américaine, et parmi elles, le juge à la Cour suprême, Felix Frankfurter, il rencontre le Président Roosevelt le 28 juillet 1943.

Face à l’impossibilité de regagner la Pologne occupée, il demeure aux Etats-Unis jusqu’à la fin de la guerre. Il continue de délivrer son témoignage, cette fois auprès du grand public.

En 1944, il écrit The Story of a secret state (qui sera traduit par Mon témoignage devant le monde – Histoire d’un état secret et publié en France en 1948). Sous une couverture ornée de l’aigle blanc polonais, The Story of a secret state paraît en novembre 1944. Le livre est consacré à l’État clandestin polonais et à la résistance polonaise, une des plus importantes, sinon la plus importante, en Europe. Il contient deux chapitres qui décrivent de manière précise et accablante l’extermination des Juifs en Pologne occupée par l’Allemagne nazie, et les scènes dont il a été témoin. L’ouvrage est sélectionné par The Book of the Month Club et devient Le Grand Livre du Mois de décembre 1944, vendu à 250 000 exemplaires, lu par 600 000 lecteurs. Le tirage total de l’édition américaine atteindra 400 000 exemplaires. Pendant six mois, Jan Karski parcourt les Etats-Unis de conférence en conférence, à l’initiative de clubs et associations.

Après la guerre, il demeure définitivement aux Etats-Unis. Mais pendant plus de trente ans, il ne donne plus aucune conférence et n’écrit pas un seul article sur son action pendant la guerre.

Il rencontre à New York celle qui deviendra sa femme, la danseuse Pola Nirenska. Il enseigne les sciences politiques et plus précisément les relations internationales à l’université de Georgetown à Washington. Il s’engage aussi dans le combat contre le communisme soviétique.

En 1954, il devient citoyen des Etats-Unis. A partir de la fin des années 1970, son témoignage est à nouveau sollicité et il est souvent amené à parler de la guerre et de la Shoah. En 1977, le réalisateur Claude Lanzmann le convainc de témoigner dans SHOAH, puis ce sera Elie Wiesel, Gideon Hausner, Yad Vashem, les films, les articles, les journaux… Durant les années 1978-1985, Jan Karski témoigne à nouveau, rectifie, précise la signification éthique et historique de sa mission extraordinaire de novembre 1942.

En 1981, lors de la « Conférence Internationale des Libérateurs des Camps » à Washington, Karski revient sur sa propre expérience de témoin du génocide commis par les nazis.

En 1982, il est reconnu « Juste parmi les nations ». En 1994, il est fait citoyen d’honneur de l’Etat d’Israël.

Sa première biographie paraît en 1994, sous le titre Karski, celui qui a tenté d’arrêter l’Holocauste par E. Thomas Wood et Stanislaw M. Jankowski. Il décède le 13 juillet 2000 à Washington.

Le roman de Yannick Haenel

Les paroles que prononce Jan Karski au chapitre 1 proviennent de son entretien avec Claude Lanzmann, dans Shoah.

Le chapitre 2 est un résumé du livre de Jan Karski The Story of a secret state (Emery Reeves, New York, 1944), traduit en français en 1948 sous le titre Histoire d’un état secret, puis réédité en 2004 aux éditions Point de mire, collection « Histoire », sous le titre Mon témoignage devant le monde.

Le chapitre 3 est une fiction. Il s’appuie sur certains éléments de la vie de Jan Karski, que je dois entre-autres à la lecture de Karski, how one man tried to stop the Holocaust de E. Thomas Wood et Stanislaw M. Jankowski (John Wiley & Sons, New York, 1994). Mais les scènes, les phrases et les pensées que je prête à Jan Karski relèvent de l’invention. (Note introductive de Yannick Haenel, Editions Gallimard, 2009)

L’adaptation du roman au théâtre (Note d’intention d’Arthur Nauzyciel, mars 2011)

Le livre de Yannick Haenel parle du silence de Karski pendant 40 ans, de la passivité des Alliés, de l’abandon des Juifs d’Europe, et de l’unicité de l’extermination radicale de ce peuple. Mais au-delà de ce qu’il raconte, un des intérêts majeurs du livre est son dispositif, en trois parties.

Le spectacle est l’adaptation du livre pour le théâtre, c’est-à-dire la mise en scène de ces trois parties en tant que parties, comme la continuité du roman même, et comme si le passage à la scène et l’incarnation par un acteur de Jan Karski, faisant de lui un personnage et un revenant, en constituait un 4e chapitre. A la fin du livre, la logique appelle la matérialisation de cette parole. La transmission du message. Dans la continuité du rêve proposé par Haenel, on aimerait voir alors apparaître un homme qui dirait : « Je suis Jan Karski, j’ai quelque chose à dire », et l’on serait en 1942, et il serait entendu…

Ce qui m’intéresse dans le livre de Haenel, c’est comment cet homme, un des plus fascinants du XXe siècle, hanté et habité par son message dont il pense qu’il n’a pas été entendu, a vécu à l’intérieur de ce silence. Le théâtre est par essence lieu du mystère, de ce qui échappe, de l’évocation des morts et du revenant.

Le théâtre me semble être aujourd’hui un des rares lieux possibles pour raconter cela, pour témoigner de la complexité du monde et des êtres. Art paradoxal qui peut être à la fois le lieu du silence et de l’écoute, où l’on peut raconter à la fois une parole, et la défaite de cette parole.

Dans le roman, Karski parle pour réactiver la mémoire et l’existence de ceux qu’il n’a pu sauver. Il parle pour ne pas oublier et transmettre une expérience de l’enfer. Donner un espace à Karski pour parler, même à travers la vision romancée de Haenel, c’est donner un auditoire à cette parole, c’est donner du sens à ce silence, à son obsession. Ce ghetto revisité des centaines de fois en rêve, ce message ressassé pendant des années.

C’est faire résonner les six millions de voix qui ont hanté cet homme toute sa vie.

Ce dispositif, ni didactique ni idéologique, relève d’une certaine délicatesse : il raconte l’histoire d’une parole, et aussi la tentative d’un romancier de la retenir, de la transmettre, de l’interpréter, afin de rendre compte avec les moyens de la littérature de ce que l’historien ne peut documenter : les cauchemars, la nausée, le silence.

Le livre imaginé par Haenel pose de manière aiguë la question de la représentation. Non pas celle de l’extermination, mais celle d’un témoignage : quel équivalent théâtral trouver alors, pour rendre compte de ce roman, qui passe par le documentaire, la biographie, puis la fiction ? Pour tenter de rendre compte d’un homme, du message qui l’a hanté, et d’une vie hors du commun : un « personnage » qui meurt et ressuscite plusieurs fois, dans toutes les acceptations du terme, en plusieurs pays, un « personnage » multiple dont on se doute bien que la vérité n’est que la somme de toutes ces inventions : grand bourgeois polonais, catholique pratiquant, espion, diplomate, aventurier, professeur américain, citoyen d’honneur israélien, fait « Juste parmi les nations ».

A travers lui, à travers la structure du roman de Haenel, ce spectacle espère témoigner à son tour d’une génération, celle qui, comme Paul Celan se demande, alors que les survivants disparaissent : « Personne ne témoigne pour le témoin », sans ponctuation, ni question ni affirmation, une phrase ouverte, qui semble flotter et nous renvoie à nous-même.

Cette question est aujourd’hui fondamentale. Ma génération doit assumer l’héritage des historiens, les témoignages de ceux qui disparaissent, les études et les œuvres consacrées depuis un demi-siècle au judéocide et à partir de cela, tenter, inventer, proposer de nouveaux modes de transmission.

Qui va transmettre, quoi et comment ? Quelles formes artistiques peuvent naître de ce questionnement qui ne soient pas la reproduction de ce qui a déjà été fait ?

Le roman de Haenel se situe dans ce questionnement-là. Son dispositif même suggère la multiplicité des formes de représentations, et donc la difficulté d’en penser une plus juste qu’une autre, le souci de se replacer dans l’histoire, en inventa dispositif qui n’aborde la fiction qu’en 3e partie, révèle la difficulté de la fiction mais aussi sa nécessité.

Pour répondre au défi que représente cette adaptation sur scène, j’ai voulu réunir un groupe de personnes dont l’histoire, ce qu’ils sont ou représentent, fait déjà sens : ces artistes réunis autour du projet Jan Karski (Mon nom est une fiction) viennent de France, Belgique, Pologne, Suisse, Autriche, Etats-Unis. Ils sont le voyage de Karski, voyage qui nous rappelle que l’événement est européen et américain. Comme toujours, je pense que le processus et les rencontres imaginées ou produites pour construire un spectacle doivent en devenir le sujet même.

Le spectacle a été créé à l’Opéra-Théâtre municipal, au festival d’Avignon. En plein centre-ville. Comme pour nous rappeler que ce monde qui n’était pas le monde, était pourtant en plein cœur de Varsovie. Les murs qui l’encerclaient dessinant à ciel ouvert un immense tombeau où gisaient, assassinés, des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.

Ce témoignage, documentarisé, biographié, romancé, est celui d’un catholique polonais raconté par un Français de 40 ans. Le spectacle parle donc aussi de ce regard-là sur cet homme et son histoire, un témoin majeur de l’extermination radicale, politique et industrielle des Juifs, en France comme dans le reste de l’Europe. Ce regard raconte quelle empathie (« se mettre à la place de »), quelle conscience cette génération peut avoir de l’Histoire, avec ce qu’elle sait aujourd’hui et ce qu’elle voudrait transmettre.                                                                                     Arthur Nauzyciel

 

Biographie de l’auteur Yannick Haenel

Né à Rennes en 1967, fils de militaire, il a passé sa jeunesse en Afrique, puis au Prytanée Militaire de la Flèche, séjour qu’il a relaté dans son premier roman, Les petits Soldats, paru en 1996 Ed. La Table Ronde). Il publie en septembre 2013 Les Renards pâles aux Éditions Gallimard, où il a déjà publié quatre romans : Introduction à la mort française, Évoluer parmi les avalanches, Cercle (prix Décembre et prix Roger-Nimier) et Jan Karski (prix du roman Fnac et prix Interallié). Le Sens du calme est paru au Mercure de France en 2011. Il co-anime avec François Meyronnis la revue Ligne de risque qu’il a fondée en 1997. Il a co-réalisé l’édition 2012/2013 du Livre du CDN Orléans/Loiret/Centre et conçoit celui de 2013/2014. En 2015, il publie le récit Je cherche l’Italie (Ed. Gallimard).

Yannick Haenel est chroniqueur pour le magazine de littérature et de cinéma Transfuge depuis 2010 et à Charlie Hebdo depuis la reprise de la publication après les attentats de janvier 2015.

Yannick Haenel est artiste associé au Théâtre National de Bretagne/Rennes depuis janvier 2017.

Biographie d’Arthur Nauziciel, metteur en scène

Après des études d’arts plastiques et de cinéma, il entre en 1987 à l’école du Théâtre national de Chaillot dirigée par Antoine Vitez.

D’abord acteur, il crée ses premières mises en scène au CDDB–Théâtre de Lorient, Le Malade imaginaire ou le silence de Molière d’après Molière et Giovanni Macchia (1999) et Oh Les beaux Jours de Samuel Beckett (2003), présenté à l’Odéon-Théâtre de l’Europe et Buenos Aires.

Suivront, en France : Place des Héros qui marque l’entrée de Thomas Bernhard à la Comédie-Française (2004); Ordet (La Parole) de Kaj Munk au Festival d’Avignon (2008) et au Théâtre du Rond-Point dans le cadre du Festival d’Automne à Paris; Jan Karski (Mon nom est une fiction) d’après le roman de Yannick Haenel au Festival d’Avignon (2011); Faim de Knut Hamsun, avec Xavier Gallais, au théâtre de la Madeleine (2011); La Mouette de Tchekhov (2012) dans la Cour d’honneur du Palais des papes au Festival d’Avignon; Kaddish d’Allen Ginsberg (2013). En janvier 2015, il crée Splendid’s de Jean Genet, avec les comédiens américains de Julius Caesar et Xavier Gallais, présenté en avril à Lille.

Il travaille régulièrement aux États-Unis, et crée à Atlanta deux pièces de B-M Koltès: Black battles with dogs (2001) puis Roberto Zucco (2004), et à Boston, pour l’A.R.T. Abigail’s Party de Mike Leigh (2007) et Julius Caesar de Shakespeare (2008).

À l’étranger, il crée des spectacles repris ensuite en France ou dans des festivals internationaux : à Dublin, L’Image de Beckett (2006) avec Damien Jalet et Anne Brochet, Lou Doillon puis Julie Moulier; au Théâtre National d’Islande, Le Musée de la mer de Marie Darrieussecq (2009); au Théâtre National de Norvège, Abigail’s Party de Mike Leigh (2012); au Mini teater de Ljubljana en Slovénie, Les Larmes amères de Petra von Kant de Rainer Werner Fassbinder (2015); au National Theater Company of Korea (NTCK), L’Empire des lumières de Kim Young-ha (2016).

Il travaille également pour la danse et l’opéra : il met en scène Red Waters (2011), opéra de Lady & Bird (Keren Ann Zeidel et Bardi Johannsson) et participe à la création de Play (2011) du chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui et de la danseuse Shantala Shivalingappa.

Il travaille régulièrement avec d’autres artistes : Miroslaw Balka, Étienne Daho, Matt Elliott, Christian Fennesz, Damien Jalet, José Lévy, Erna Omarsdottir, l’Ensemble Organum, Sjon, Winter Family.

En juin 2015, il interprète, sous sa direction, le monologue de Pascal Rambert, De mes propres mains, au Théâtre des Bouffes du Nord. Le spectacle est ensuite repris aux Etats- Unis (Princeton, Festival «Seuls en scène»), au CDN Orléans/Loiret/Centre et au T2G-Théâtre de Gennevilliers.

Jan Karski (Mon nom est une fiction) a reçu le prix Georges-Lerminier du Syndicat de la critique (meilleure création en province). Il est lauréat de la Villa Médicis Hors les Murs.

Arthur Nauzyciel a dirigé le CDN Orléans/Loiret/ Centre de 2007 à 2016.

Il est depuis le 1er janvier 2017, directeur du Théâtre National de Bretagne/Rennes