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Conjointement à son entrée au sein du Collectif d’auteurs et d’artistes du Théâtre du Nord, notre CDN accueille la nouvelle création de Cyril Teste, qui verra le jour le 7 novembre 2017 à Bonlieu, scène nationale Annecy. Le metteur en scène de Nobody (présenté à l’automne 2015 au Théâtre du Nord), s’inspire cette fois du film culte de la nouvelle vague danoise réalisé en décembre 1998 par Thomas Vinteberg, qui incarna une nouvelle vision de la production cinématographique et de ses modes d’écriture. Dans le rejet d’un réalisme plus traditionnel, Vinterberg à travers son geste tente de transformer le tournage en une sorte d’enregistrement « brut » d’une réalité donnée. « Dans la continuité de notre travail sur la performance filmique, notre désir se tourne aujourd’hui vers une dramaturgie plus intime, tragique et qui réveille à travers ses différents thèmes une lecture sociétale très actuelle. Du mensonge collectif au racisme insidieux, quand la vérité se veut choquante à défaut d’être salvatrice, Festen nous invite à plonger dans la complexité d’une famille débordée par sa mémoire, d’une nature humaine mise à nue en direct sous nos yeux », confie Cyril Teste.

Note d’intention de Cyril Teste

Christian arrive en taxi devant le théâtre. Il est au téléphone, paie le taxi. Il entre dans le hall du théâtre avec sa valise.

Une caméra le filme en plan séquence et nous introduit dans les coulisses, par l’arrière du décor. La pièce a déjà commencé en dehors du plateau. Les coulisses font maintenant partie du récit et de tous les hors-champs de l’histoire, de tous les secrets. De l’autre côté, la représentation se prépare, la table est mise, les invités arrivent. Une double fiction se dessine entre celle du repas et celle de l’arrière du décor.

Festen revisite dans sa substance la notion du théâtre même, puisque c’est par la théâtralité d’une réception que tout se joue. Et si chaque membre de la famille doit lire un texte à toute l’assemblée pour honorer l’anniversaire de Helge (le père), c’est par le récit en public que Christian se réapproprie la vérité et interrompt la représentation – ou plus exactement la commence.

Festen va s’écrire comme un plan séquence de 1h30 dans lequel, grâce à un steadicam, le chef opérateur traverse les murs, les fenêtres, les miroirs pour suivre le récit. Le décor sera en mouvement et les miroirs sans teint pour ouvrir le champ sur d’autres pièces de la maison. Une maison vivante qui permet de nous offrir des prises de vue et des travellings au plus près du jeu des acteurs, au plus près de l’histoire qui se déroule sous nos yeux.

Dans Festen, Vinterberg ouvre une lecture qui résonne avec la tragédie d’Hamlet. L’enfer s’apparente ici à un repas de famille où cet autre héros danois, Christian, va faire éclater la vérité, telle la pièce du «Meurtre de Gonzague ». La question de l’inceste reste centrale dans cette histoire, mais elle ne peut pas être le seul enjeu du récit. Festen c’est également l’histoire d’un frère qui entend des voix, plus particulièrement la voix du spectre de sa sœur morte. Telle une Ophélie échouée dans les limbes, elle laisse derrière-elle une lettre dont le récit nous éclaire sur son impossibilité à continuer dans ce monde. Christian vient alors révéler cette trahison à sa famille pour permettre à sa sœur suicidée de pouvoir libérer son âme. Une figure que l’on retrouve dans Hamlet, où le spectre du père trahit, ressurgit pour faire éclater la vérité sur les véritables causes de sa mort. S’engage alors un véritable duel entre « ce qui est et ce qui n’est pas », un questionnement sur la vraisemblance du récit à travers le prisme du cinéma ou celui du théâtre, à travers le récit du père et/ou celui de son fils…