Né à Saint Pétersbourg en 1885, Sacha Guitry est un enfant de la balle. Très jeune, il suit son père (Lucien Guitry, considéré comme le plus grand comédien de son époque, dont la carrière internationale est jalonnée de triomphes à répétition) en tournée de théâtre en théâtre jusqu’en Russie où il entendra par hasard que «son père joue pour travailler !». Un destin se forge peut-être alors dans ces mots. Enfant puis adolescent, il change onze fois d’écoles, de collèges, de lycées avant d’atteindre l’âge du baccalauréat ! Après des études médiocres à Paris, où il passe le plus clair de son temps à fréquenter le monde du théâtre, il se consacre dès 1902 (à 17 ans) à ce qui demeurera une passion toute sa vie – à la ville comme à la scène – le théâtre. Sa première pièce, Le page, sera montée sous forme de comédie musicale au Théâtre des Mathurins à Paris. Ses premiers pas au théâtre seront rapidement suivis d’une liaison puis d’un premier mariage avec une actrice, Charlotte Lysès, elle-même ancienne maîtresse de... Lucien Guitry, lui-aussi grand amateur de femmes ! Il s’ensuivra une brouille de plusieurs années entre le père et le fils. Touche-à-tout (jusqu’à la peinture qu’il pratique) et créateur prolixe, tout s’enchaînera très vite pour Sacha Guitry : le théâtre, le cinéma et les femmes. Sa vie durant il écrira 140 pièces, réalisera près de 35 films, jouera dans la quasi totalité de ses oeuvres, se mariera cinq fois, sans compter les nombreuses liaisons plus ou moins sulfureuses, dont il saura d’ailleurs souvent tirer parti pour créer. Don Juan infatigable et nonchalant, à la verve cynique et désabusée, son personnage public se confondra souvent avec le personnage privé. Cela lui vaudra d’ailleurs régulièrement d’être taxé de misogynie voire de goujaterie.
En 1905 puis 1906, Nono puis Chez les Zoaques (où il fait ses débuts sur scène suite à la défection d’un acteur) sont des grands succès. Ces pièces confirment le talent du jeune auteur de comédies légères voire grivoises et font découvrir au public un acteur à la verve cynique. Malgré l’échec de La Clef en 1909, sa carrière d’auteur et d’acteur est lancée. De 1910 à 1914, il alterne les tournées internationales (Varsovie, Saint-Pétersbourg, Helsinki, Moscou, Odessa, puis Gand, Anvers, Amsterdam, Vienne, Bucarest, Constantinople, Athènes, Alexandrie, Le Caire, Bruxelles) et les succès parisiens tant aux Bouffes-Parisiens qu’à la Comédie-Française (avec notamment La Pèlerine écossaise et Deux couverts). La Première Guerre Mondiale n’interrompt en rien sa fécondité artistique : Il faut l’avoir vécu (en 1915), Faisons un rêve et Jean de la Fontaine (en 1916). C’est aussi à cette époque qu’il se lance dans la réalisation cinématographique avec Ceux de chez nous, un documentaire muet de 22 minutes (qu’il remaniera en 1939 puis en 1952) où il filme des grands artistes de l’époque au travail : Rodin, Monet, Sarah Bernhardt, et Renoir entre autres. En 1917, il croise Yvonne Printemps qui devient sa maîtresse puis sa seconde épouse. Leur relation est émaillée d’infidélités notoires mais leur collaboration professionnelle est féconde : Yvonne Printemps jouera dans plus de 30 pièces de son mari. Dix-sept années plus tard, Yvonne Printemps quittera Guitry pour un autre acteur : Pierre Fresnay.
Pendant l’Entre-deux-guerres, Sacha Guitry alterne théâtre et cinéma. Pas moins d’une trentaine de pièces (dont Le Mari, la femme et l’amant (1919), Mon Père avait raison (1919), Comment on écrit l’histoire (1920), Le Comédien (1921), Désiré (1927), Châteaux en Espagne, Le Nouveau testament (1934), Quadrille (1937)) et une dizaine de films (dont Le nouveau testament, Le Roman d’un tricheur, Mon père avait raison, Désiré et Quadrille).
Nouveau mariage en 1935 avec une jeune actrice de vingt-deux ans sa cadette : Jacqueline Delubac. Elle jouera 23 pièces de son mari, et interprètera 11 de ses films.
Durant la Seconde Guerre Mondiale, Sacha Guitry continue d’écrire pour le théâtre et le cinéma et ajoute à ses activités la radio. Il anime régulièrement des émissions à la Radio Nationale, notamment sur le théâtre. Mais ses rapprochements supposés avec le régime de Vichy lui valent une arrestation et 60 jours de prison. Il a entretemps divorcé de Jacqueline Delubac, épousé une autre actrice, Geneviève de Séréville, dont il se sépare au printemps 44.
Suite à l’arrestation dont il a fait l’objet, Sacha Guitry, bien qu’officiellement lavé de tout soupçon de collaboration (il donne une conférence à ce sujet en 47) cesse toute activité artistique pendant trois années. Son film Le Diable boiteux inspiré de sa pièce Talleyrand n’obtient pas de visa d’exploitation. Il se remarie en 49 avec Lana Marconi, une actrice de trente-deux ans sa cadette. En 1952, il fête ses 50 années de théâtre mais, malade, il fait l’année suivante ses adieux à la scène. Il tourne de 53 à 57, notamment, Je l’ai été trois fois, Si Versailles m’était conté..., Napoléon, Si Paris nous était conté...
Il meurt le 24 juillet 1957, quelques mois après la sortie du film Assassins et voleurs dans lequel pour la première fois de sa carrière, il n’apparaît... qu’au générique.